Pour la quatrième année, j'ai fait le tour de l'île d'Orléans, les deux premières à vélo, les récentes en patins. Félix Leclerc a sans doute mieux que quiconque décrit ce merveilleux coin de pays, 42 milles, le tour de l'île (67kms). Le faire d'une traite procure la même intensité d'émotions que passer le bras autour de la taille de l'être aimé(e). Ce dont je ne veux plus me priver, naturellement. Pour la plus grande partie du circuit, la surface de la partie «trottoir» (à ras du chemin) est agréable et suffisamment large, l'asfalte* paraissant récent, ce qui permet de moins se concentrer sur ses pieds que sur le très beau paysage. Les villages (Saint-Pierre, Sainte-Pétronille, Saint-Laurent, Saint-Jean, Saint-François et Sainte-Famille) étant équitablement répartis le long du littoral, le promeneur (ou la) a tout loisir de faire des pauses régulières où bon lui semble. Outre les magnifiques maisons ancestrales qu'on peut admirer chemin faisant, des étals de produits du terroir apparaissent ici et là, invitant à la dégustation à l'ombre d'une ramure opportune avec vue imprenable sur le fleuve (il faut, à Saint-Pierre, arrêter au vignoble de l'île de Bacchus, nom que Jacques Cartier donna à l'endroit après y avoir trouvé "moult vignes", ou à la chocolaterie de Sainte-Pétronille d'où se découpe en amont le profil de la Vielle Capitale). À l'autre bout de l'île, du côté de Saint-François, se dresse une tour d'observation d'où le panorama vers l'est, au-delà de quelques îlots, donne sur la séduisante région de Charlevoix (la tour a une demi-douzaine de paliers et est sans ascenseur, bien sûr). Alors que j'approchais de Saint-Pierre et du campement planté chez mes amis vignerons, une bonne sueur mêléé à la crème solaire, je me suis fait interrompre la lancée par une sympathique agente de la police provinciale aux yeux de la couleur que le ciel avait réussi à conserver jusque-là après une matinée maussade. La jeune femme s'avéra d'autant plus amène qu'elle connaissait elle-même le plaisir du patinage sans toutefois pratiquer le sport sur une route à numéro comme je le faisais car c'était interdit partout au pays (on parlait du Québec, évidemment). Je méritais donc une contravention mais fus quitte de l'avertissement sans trop comprendre la logique voulant que le patinage fût plus dangereux que le cyclisme qui, quoique interdit aussi, est toléré. Ayant, il va sans dire, l'intention bien ancrée de répéter l'expérience l'été prochain au risque d'une rencontre indésirable bien qu'agréable, j'aimerais auparavant me prémunir d'arguments vérifiés confirmant qu'il existe bel et bien des routes numérotées où la circulation en patins est à tout le moins tolérée. Si, donc, l'un(e) de vous en connaît, je vous serais reconnaissant de me le faire savoir, tout ça pour une bonne cause, la mienne, et la vôtre accessoirement si d'aventure il vous prenait l'heureuse idée de suivre mes traces de roulettes. (Si je devais contester cet inique règlement, les précédents en terme de tolérance sur d'autres routes à numéro me seraient fort utiles.) [NDLR: Il se fait un Tour de l'Île d'Orléans pour vélos, ouvert cependant aux patineurs,
chaque printemps. L'événement étant très bien encadré, avec un choix de pelotons allant du bien lent au
plutôt rapide, ce serait l'occasion idéal de faire ce parcours sans crainte de devoir payer une contravention.]
Autre sujet, autre île. Cette fois, il s'agit du fameux Défi de l'île de Montréal qui se tient en octobre pour toutes sortes de bonnes raisons dont celle d'avoir un corps apte à le relever. Sur les huit éditions de ce cadeau de l'ami Robert Fortier que constitue l'évènement annuel, j'en ai complétées sept dont une, en 2002, non homologuée pour cause de décision de parcourir le circuit le lendemain du samedi prévu où il pleuvait. Question flotte, je passe mon tour, n'ayant rien à prouver quant à mon goût pour l'aquaplanage. Je m'apprête à m'inscrire à la neuvième en souhaitant qu'il fasse beau le 16 octobre. Sinon, je ferai mon marathon le jour suivant où le soleil sera de la partie en me chronométrant moi-même. Et lorsque, le mois d'après, nous nous retrouverons entre ami(e)s participant(e)s, je vous dirai pourquoi il m'appert opportun d'avoir le choix entre patiner sous la pluie (ou la neige!) et le faire par temps clément sans le moindrement ajouter à la charge de travail que commande l'organisation d'un tel évènement si ce n'est la récolte des résultats par téléfone ou internet. Ce Défi est tellement agréable que la plupart de ceux et celles qui y goûtent en redemandent l'année suivante. Mais si les mêmes ont pu se laisser émouvoir par la pluie quasi continue une fois, il m'est d'avis qu'une deuxième ne sera pas envisagée pour la majorité des initié(e)s. Que cette fâcheuse situation se répète trois années de suite et le Défi risque littéralement d'être à l'eau. Mieux vaut prévenir que guérir. Je soumets qu'il y a urgence à se pencher sur le sujet et qu'il serait judicieux d'en débattre entre nous afin de mieux assurer la pérennité de notre plaisir automnal. Après avoir patienté un an pour vivre celui-ci, nous serions avisé(e)s de multiplier par deux la chance de ce faire... au sec! À la prochaine et, d'ici-là, bon patinage (essayez vite la magnifique piste du P'tit Train du Nord, entre la Macaza et Mont-Laurier; environ quatre-vingt kilomètres de sauvagerie planante avec arrêt à la terrasse du restaurant du Grand Six Pieds, à Lac-Saguay). Franck Le Flaguais, #13 au Défi |