Championnat du Marathon sur Glace
Lake Morey, VT - 2003

Bernard Doth - 7 mars, 2003

 
Les marathons sur glace sont des événements rares dans la région de Montréal et même à quelques centaines de kilomètres à la ronde. Pour ceux d'entre nous qui aimons ce genre d'événement, nous essayons le plus possible d'en profiter lorsque l'occasion se présente. Cette année, il n'y avait que trois possibilités, le North American Marathon Speedskating Championships au Lake Morey, Vermont, du 24 au 27 janvier, le Marathon de Joliette le 9 février et le Marathon du Lac Beauport les 22 et 23 février.

Durant l'hiver, je patine avec le Club de Patinage de Vitesse de Cap Rouge dans la région de Québec afin d'améliorer ma technique sur longue piste et sur glace en général. Ce club est composé en majorité de patineurs maîtres, c'est-à-dire de patineurs âgés de plus de trente ans. La majorité de ses membres font du patin récréatif et quelques-uns s'adonnent soit à la compétition longue piste, soit aux marathons ou les deux. Nous patinons et nous entraînons sur l'anneau de patinage de vitesse Gaétan Boucher à Ste-Foy.

Cette année, plusieurs des membres du club ont décidé de participer au Championnats Nord Américain de Marathon au Vermont. Nous étions six accompagnés de notre entraîneur. Les gens de Québec sont descendus ensemble et Yves Durand, un membre du club qui vit à Hull et moi-même sommes partis de notre côté. D'autres patineurs de la Région d'Ottawa-Hull devaient également descendre avec nous.

Nous sommes arrivés à Lake Morey en fin d'après-midi le vendredi 24 janvier. À notre arrivée, nos copains nous attendaient pour le souper. Nous logions au Lake Morey Lodge en bordure du lac. Au souper, on nous a aménagé une grande table afin que nous puissions tous être assis ensemble. Autour de la table, étaient réunis, Pierre Gagné, Gaétan Rochette, Serge Plamondon, Yves Garneau et Isabelle Doucet, notre entraîneur et ancien membre de l'équipe nationale du Canada, tous de Québec, Yves Durand et Suzanne Dionne de la région de Hull, Jim Shearer et Jake Maarse de la région d'Ottawa, ainsi que moi-même de Le Gardeur.

Après un bon et copieux souper, nous avons fait la tournée des tables des personnes que nous connaissions pour bavarder un peu. Puis, Yves Durand et moi-même avons profité du spa et de la piscine avant de se retrouver dans la chambre de Pierre et Gaétan pour quoi d'autre que de parler patin. Nous regagnions nos chambres en fin de soirée pour compléter nos derniers préparatifs afin que tout soit prêt pour le lendemain matin.

Samedi matin, après déjeuner, nous nous sommes dirigés vers l'autre bout du Lac pour se rendre à l'anneau. Quelle déception lorsque nous avons appris la veille que nous allions patiner sur un anneau de 500 mètres, c'est-à-dire que nous serions obligés de faire 50 tours pour compléter le 25 km et 100 tours le lendemain pour le 50 km. Arrivés à l'anneau, nous nous sommes préparés en attendant que la dernière course populaire se termine. Nous avons patiné quelques tours avant le début de la course, question de vérifier la condition de la glace et repérer les fissures. La glace était belle et les quelques fissures avaient été marquées avec de la peinture fluorescente. Il fallait tout simplement être vigilant. La piste était plutôt triangulaire avec les coins arrondis. Elle nous semblait plus grande que 500 mètres, mais c'était sûrement une illusion d'optique.

Avant le début de la course, on nous rassemble devant la ligne de départ pour nous expliquer les règlements, surtout ceux concernant l'obstruction aux patineurs plus rapides, etc. Nous sommes 43 hommes et 11 femmes à prendre le départ du 25 km. Et dès le départ, les pelotons se forment et tous les groupes prennent leur rythme. Je me retrouve dans un peloton qui patine à un rythme qui me plaît. Ça va pour maintenant, mais je m'aperçois rapidement que tous ces virages rendent la tâche beaucoup plus exigeante et je finirai par décrocher du peloton pour patiner à mon rythme et seul pour la dernière partie de la course. Il y a une grande différence entre patiner sur un anneau de 500 m et une de 2500 m comme au Lac Beauport, ou de 9000 m comme à Joliette. Plus la piste est longue, moins il y a de virages, et moins on dépense d'énergie inutilement. De retour à notre course, le peloton de tête file à vive allure, mais Bob Tyson de Kingston, Ontario, part en échappée et ne sera jamais rattrapé et terminera bon premier. Je vois le nombre de tours diminuer, mais après m'être fait dépasser à plusieurs reprises par Bob, ainsi que par le peloton qui le suit, je ne sais plus où j'en suis exactement. Je finirai par croiser la ligne d'arrivée en 59:00 minutes, soit 3:37 minutes plus lent que l'an dernier. Cette course n'a pas été facile.

Chez les hommes, Bob Tyson finit premier en 49:22, suivi de Dan Weinstein en 49:46 et de Mark Kandola en 49:59. Chez les femmes, Suzanne Dionne d'Ottawa finit première en 52:09, suivi de Carole Moore en 54:16 et de Mary Lou DiNicola (groupe d'âge 60 ans et plus) qui est rentrée troisième en 55:23.

En ce qui concerne les autres membres de notre groupe, Pierre Gagné, à 70 ans, a été le plus fort en terminant 13e au classement général avec un temps de 54:16. Yves Garneau de Québec est rentré en 57:37, Yves Durand en 1:00:30, Gaétan Rochette en 1:03:08 et Serge Plamondon, qui était complètement congestionné, a terminé en 1:14:16. Quant à nos deux amis d'Ottawa, Jake Maarse a terminé en 53:15, tandis que Jim Shearer a dû abandonner suite à une chute causant la dislocation d'une de ses épaules.

Nous retournons à l'hôtel pour une douche et un bon dîner. L'après-midi est libre et quelqu'un propose d'aller à Hanover au New Hampshire, qui est tout près, pour visiter un petit musée au Dartmouth College. Alors, je pars avec Yves Durand, Suzanne Dionne, Jake Maarse, Willem Langenberg et un Américain d'origine hollandaise dont je ne me souviens plus le nom.

De retour au Lake Morey Lodge, nous arrivons pour le souper du banquet du marathon. Nous achetons tous des billets pour les tirages espérant gagner quelques-uns des prix intéressants, mais, hélas nous ne gagnons pas. Gaétan Rochette a fait une présentation sur le Marathon du Lac Beauport, et avec l'aide de Serge et Pierre, s'installe pour répondre aux questions des patineurs qui sont intéressés d'en savoir plus. Après le banquet, Yves Durand, Isabelle et moi-même avons profité du spa et de la piscine, question de nous détendre un peu. À 23h00, nous sommes au lit afin d'être bien reposé pour l'épreuve du lendemain.

Le lendemain matin, le temps est gris et le vent s'est levé. Nous déjeunons et nous rendons à la piste. La dernière course populaire terminée, nous avons hâte de commencer notre 50 km pour en finir. Il y a encore quelques personnes qui ne se sont pas trouvés de "marqueur de temps", car chaque patineur doit avoir une personne pour marquer officiellement le temps de passage de chaque tour. Une fois ce petit problème réglé, tous les patineurs se retrouvent sur la ligne de départ et nous partons. Les pelotons se forment et je me retrouve parmi des amis et le rythme est vite. Je ressens la fatigue de ma course de la veille et je réalise rapidement que mon manque de pratique en distance cette saison commence à se faire sentir. En effet, ayant pour ainsi dire mis touts mes oeufs dans le même panier, c'est-à-dire la longue piste, j'ai beaucoup moins d'endurance. À chaque fois que je passe devant mon marqueur, je dois m'assurer qu'elle me voit, afin d'être certain qu'elle marque tous mes temps de passage. Il me semble que le nombre de tours ne descend pas vite. Cent tours me semblent plus long psychologiquement et le nombre de virages gruge de plus en plus mon énergie. Les premiers 25 km se font relativement bien et mon rythme est respectable, du moins me semble-t-il. Mais le vent est fort sur deux des trois droits et je me sens de plus en plus ralentir. J'avance péniblement.

Dans le dernier tiers de la course, je me relève pour récupérer dans le droit où j'ai le vent dans le dos. C'est encore la même histoire, je me fais dépasser à maintes reprises et je ne sais pas exactement combien de tours il me reste à compléter. Je vois le nombre de tours diminuer sur l'indicateur de tours, mais lorsque Isabelle m'annonce qu'il me reste encore 20 tours à compléter, je constate que les meneurs ne sont qu'à quelques tours de la fin. Ce fut un des plus longs vingt tours que j'ai eu à faire. Temps final : 2 heures 20 minutes et 2 secondes, un énorme 21 minutes et 12 secondes de plus lent que l'an dernier. Je réalise qu'il va falloir que je fasse beaucoup plus de sorties pour travailler mon endurance avant les marathons de Joliette et du Lac Beauport, car mes temps laissent à désirer.

Trente-six hommes et neuf femmes ont pris le départ du 50 km, mais seulement 27 hommes et 6 femmes ont terminé. Chez les hommes, Mark Kandola est rentré premier en 1 heure 46 minutes et 52 secondes, suivi de Rob Kramer en 1:46:53 et de Bob Tyson, également en 1:46:53. Parmi les patineurs de Québec, Yves Garneau a patiné une très belle course avec Pierre Gagné, mais la fatigue le fait chuter dans le sprint final, lui causant une perte de quelques places derrière Pierre. Une erreur dans la liste officielle le place devant Pierre Gagné, mais Pierre est rentré quelques secondes devant Yves. Pierre est également rentré premier dans le 60 ans et plus. Yves Durand est rentré en 2:03:15, tandis que Gaétan a été contraint à l'abandon. Serge Plamondon avait pris la sage décision de ne pas prendre le départ à cause de sa grippe. Jake Maarse est rentré en 1:56:14, alors que Jim Shearer qui avait dû abandonner la veille à cause d'une dislocation d'épaule suite à une mauvaise chute, a terminé le 50 km en 2:00:08.

Chez les femmes, Suzanne Dionne a une fois de plus gagné avec un temps de 1:55:04, suivie respectivement de Carol Moore en 1:57:35 et de Kathie Zapotocki en 2:08:15.

Maintenant, vous vous demandez peut-être, "Mais qu'est-ce j'irais faire dans un Championnat Nord-Américain de Marathon, moi qui ne suis pas un champion?" Eh bien, durant cette fin de semaine, il y avait un peu de tout et pour tout le monde. Le samedi matin, les compétitions ont débuté par deux courses pour débutants, c'est-à-dire un 5 km et un 10 km ouverts à tous les participants de tous âges qui voulaient vivre une expérience de course amicale. Par la suite, il y a eu le 25 km ouvert à tout patineur licencié, c'est-à-dire membre en règle d'un club de patinage de vitesse, affilié soit à US Speedskating ou à Speed Skating Canada. Le dimanche matin, deux autres courses populaires, un 1 km et un 2 km, ont précédé le 50 km ouvert uniquement aux patineurs licenciés. Même dans les courses de 25 et de 50 km, on retrouve des patineurs de tous calibres, chacun patinant à son rythme et selon ses capacités.

La très grande majorité des patineurs dans ce genre de course participe dans le but de battre leur propre "meilleur temps" et non pour gagner la course. En participant, nous sommes automatiquement gagnants, mais dans un sens bien personnel. Avec l'entraînement et la pratique, nous nous préparons adéquatement pour relever le défi, et par la suite, nous essayons de faire de notre mieux. Par contre, le vent, la température, les conditions de la glace, ainsi que le genre de parcours sont tous des facteurs qui influencent nos résultats. Chaque course est unique et l'expérience vécue de même que les résultats obtenus influenceront certains réajustements au niveau de notre entraînement et de la pratique.

Mais, avant tout, ce sont les relations humaines, la camaraderie et le bon temps passé ensemble que nous allons retenir le plus de notre fin de semaine. Nous retournons à la maison avec une multitude de bons souvenirs tout en planifiant déjà les événements à venir. Quoi de mieux pour la santé physique et mentale qu'une vie active, dans un environnement sain et entouré de gens qui partagent les mêmes intérêts que nous!

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Bernard Doth

 

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