| [Dans ce rapport, Bernard raconte sa course de 140 km à Athens-to-Atlanta, qui a eu lieu
le 5 octobre, 2002]
Athens to Atlanta (A2A) est beaucoup plus qu'une simple course, c'est véritablement toute une aventure. Après ma péripétie au 100 km de New York, j'étais convaincu que ma saison de course en patin à roues alignées était finie. Déçu et un peu découragé par la tournure des événements, j'ai décidé de prendre quelques jours pour me reposer et récupérer. Trois jours plus tard, je reviens du travail à la maison en patin, je fais le 32 km à un rythme moyen. Deux jours plus tard, je refais le même trajet et je décide d'en avoir le coeur net quant à ma condition physique. Alors, deux jours plus tard, soit samedi le 28 septembre je me retrouve à Deux-Montagnes au beau milieu de l'après-midi, pour faire le trajet aller-retour vers le quai d'Oka, en passant par le parc et la montagne, ou devrais-je plutôt dire par les côtes du parc, que j'allais traverser huit fois avant de retourner à Deux-Montagnes. Je n'avais pas vraiment planifié d'en faire autant, mais une fois parti, je me suis ambitionné quelque peu. J'ai fini aux environs de 19h00, à la noiceur; entretemps la température avait chuté de 15 à 10 degrés Celcius. À ce moment-là, ayant patiné environ 100 km en cinq heures, je savais que j'étais capable de faire A2A la fin de semaine suivante. Par la suite, je téléphone à Mau Pan Lau, car il m'avait mentionné qu'il allait faire A2A avec deux ou trois personnes. Pan me confirme son intention de faire A2A, mais il semblerait qu'il est maintenant le seul à y aller et qu'il cherche un moyen de transport. Je rejoins par la suite Lanny Totton de Toronto, avec qui j'avais fait la course de New York, et nous décidons de descendre ensemble. Lundi et mardi, je refais le trajet de 32 km et mercredi est jour de repos. Je pars du CÉGEP à Montréal-Nord le jeudi 3 octobre à 12h30, j'arrête chez Fairmount Bagels pour une douzaine de bagels, question de faire un peu de provision pour la longue route à venir, et j'arrive chez Pan dans le Vieux Montréal, vers 13h00. Quinze minutes plus tard, nous sommes en route pour Toronto. Il fait beau et nous filons à vive allure sur l'autoroute 20, puis sur la 401. Tout va bien et nous arrivons chez Lanny vers 19h00. Nous transférons nos bagages dans la Golf de Lanny et à 19h20, nous sommes en route pour la frontière à Niagara Falls et par la suite vers le sud et Atlanta. Lanny et moi allons nous partager le volant car la voiture est à transmission manuelle et Pan ne conduit que des automatiques. Nous n'arrêtons que pour faire le plein d'essence et de café. Le voyage se passe bien et le temps passe vite. Plus nous allons vers le sud, plus la température se réchauffe et plus le taux d'humidité grimpe. Nous approchons Atlanta vers les 10h30 vendredi matin et la circulation devient de plus en plus lente. Nous contournons Atlanta et nous arrivons à Athens à 11h30, exactement 23 heures après mon départ du CÉGEP à Montréal. La première chose qui nous frappe, c'est le haut taux d'humidité et la chaleur, il fait environ 85 degrés Farenheit ou près de 30 degrés Celcius, si vous préférez. Nous nous installons au motel et nous dormons un peu dans notre chambre climatisée. Plus tard en après-midi, nous allons nous promener dans Athens, nous nous trouvons un bon resto pour souper et le coucher se fait assez tôt. Le lendemain matin nous faisons un peu la grasse matinée, déjeunons et décidons d'aller patiner avant l'inscription et la réunion de 18h00. Nous allons patiner dans un parc en bordure de la ville. Lanny m'a prêté des platines (frames) et des roulements en céramique pour que je puisse les essayer, car mes platines claps sont défectueuses et ne m'avantagent pas du tout. Après la pratique, nous nous dirigeons vers le Classic Center pour ramasser toute la documentation et nos dossards. La réunion traditionnelle suit et, par la suite, nous allons souper au resto avec Gillian Clarke et son mari, Carla Raetson et sa fille Jacquie, tous de la région de Toronto, ainsi que Chrisy Grudzien de Boston. Nous retournons au motel de bonne heure. Nous préparons nos patins et notre bouffe pour la course du lendemain matin. J'ai décidé de prendre la chance de faire la course le lendemain avec les platines empruntées à Lanny. Cela faisait plus d'un an que je n'avais pas patiné avec des platines régulières, mais je n'avais pas eu de problème à refaire la transition de clap à régulier. Alors douche et dodo. Le cadran sonne, il est 4h00. Nous nous levons et nous mangeons un peu. Nous nous préparons en nous assurant de tout avoir et ne rien oublier. Nous avons hâte à la course qui s'en vient. Nous chaussons nos patins au motel et nous quittons vers 5h45 en direction du Classic Center où aura lieu le départ. Heureusement pour nous, le taux d'humidité est bas et la température est douce, du moins pour le moment. Une fois arrivés au centre, nous nous joignons aux autres participants pour nous réchauffer, nous hydrater et voir à nos derniers préparatifs avant le départ. Un dernier tour à la toilette, où l'on doit se mettre en file afin d'y accéder. À l'approche de 7h00, on sent la frénésie partout autour de nous. Nous commençons à nous diriger vers le départ. Le soleil se lève à peine une dizaine de minutes avant le départ. Il fait environ 20 degrés Celcius au moment du départ sous un ciel couvert. À quelques minutes avant le départ de 7h30, la tension monte, on a de la difficulté à s'entendre parler tellement les participants sont énervés, et c'est le départ! Lanny et moi partons ensemble, tandis que Pan part avec les meneurs et nous ne le reverrons qu'à la fin de la course. Le départ est rapide et il faut être prudent dans la masse de participants, car il y a beaucoup de patineurs qui s'entrecoupent afin de s'avancer et de se placer stratégiquement dans un peloton quelconque. Nous voyons des patineurs qui s'accrochent dans leurs patins et tombent. Nous en voyons d'autres qui chutent en patinant sur les "snakes", ces couleuvres de goudron mou qui freinent les roues des patins jusqu'au point de les faire chuter. Il faut être très vigilant. En quittant Athens, la marée de patineurs se transforme en de longs pelotons qui se forment et se transforment avec de nouveaux patineurs qui s'ajoutent et d'autres qui décrochent. Notre peloton grossit de plus en plus jusqu'au point où il devient dangereux dans les premières descentes. Nous voyons des patineurs qui ont de la difficulté à contrôler leur vitesse dans les descentes. À ce moment, Lanny et moi-même décidons d'essayer de prendre nos distances du peloton en amorçant une longue descente. C'est la folie autour de nous, un patineur tombe et entraîne quelques patineurs qui le suivent. Nous maîtrisons très bien nos descentes et nous avons tendance à nous distancer des patineurs qui suivent. C'est l'effet yo-yo en arrière, le groupe sprint pour nous rattraper pendant que nous récupérons quelque peu et le processus se répète dans presque toutes les côtes. Les premières étapes se passent bien et nous atteignons le contrôle #3 à Dacula au 38e mille (61 km) en 2h35. Quelques kilomètres plus tard, un groupe de quatre patineurs nous rejoint et nous patinons la prochaine étape ensemble. Nous filons en nous relayant la tête du peloton, jusqu'à ce que nous arrivions à un policier en moto, qui nous indique de tourner à gauche. Nous patinons plus d'un kilomètre quand nous entendons une sirène nous approcher. C'est le policier en moto qui vient nous avertir qu'il a fait une erreur et que nous ne sommes pas sur la bonne route. Nous devons rebrousser chemin, reprendre la route où nous étions et faire un mille de plus avant de retrouver la véritable route. Nous venions de perdre de précieuses minutes et nous rallonger de plus de deux kilomètres. Les côtes dans les étapes 4 et 5 sont particulièrement intimidantes et il faut bien doser ses énergies. À l'approche de Silver Hill, je commence à ressentir de plus en plus la fatigue et j'avertis Lanny que je ne peux pas pousser plus fort sans craquer. Arrivé au sommet de Silver Hill, j'ai les jambes très tendues, et nous amorçons notre descente en position de recherche de vitesse. Lanny me crie, "44.3 miles an hour" (71.3 km à l'heure). Lanny porte au poignet son appareil "GPS" (système de repérage par satellite), qui nous indique simultanément notre vitesse de déplacement et toutes sortes d'autres informations techniques. Au bas de Silver Hill, nous sommes seuls, les patineurs qui nous suivaient ayant tous décroché lors de la descente. J'ai les jambes en compote. Nous reprenons un rythme de croisière un peu plus lent pour refaire nos forces. Lanny commence à ressentir une carence énergétique. Ses réserves d'eau et de bananes sont épuisées. Il faut dire que mon ami Lanny carbure surtout avec les bananes. Au prochain point de ravitaillement, nous prenons le temps de bien nous hydrater et Lanny mange une couple de bananes et en fait une provision pour les kilomètres à venir. Je mange également une banane, mais je ressens de plus en plus la fatigue et les tensions au niveau des jambes. La température est maintenant près de 30 degrés Celcius et l'humidité est de nouveau très élevée. Nous poursuivons notre route à un rythme respectable et nous nous arrêtons carrément au sixième et dernier contrôle pour bouffer une banane et boire de l'eau. Nous sommes rejoints par quatre patineurs que nous avions distancés un peu plus tôt. Nous repartons tous ensemble, mais deux des patineurs ne font pas leur part à l'avant. Lorsque nous arrivons à Atlanta et de nouveau sur un asphalte très rugueux (le fameux gatorback), mes jambes deviennent extrêmement tendues. Après avoir fait ma part à l'avant à tirer le groupe, je retourne à l'arrière et je laisse le groupe me distancer, ne voulant pas les retarder. Je poursuis péniblement ma course en complétant les derniers kilomètres, pour finalement entrer à Piedmont Park, meurtri mais fier d'avoir tenu le coup jusqu'à la fin. Mon temps, 6h14:27 et 71e sur 178 finissants. À mon arrivée, Lanny et Pan m'accueillent à la ligne d'arrivée. Je suis exténué et Lanny qui a fini 2 minutes et 15 secondes devant moi en 67e place, est également très fatigué, tandis que Pan qui a fini 22e en 5h00:26 (en patins à quatre roues) est frais et dispos, et nous quitte quelques minutes plus tard pour aller s'amuser tout près avec les patineurs qui font des trucs et du patin agressif. Quel phénomène ce Pan, c'est un vrai!!! En tout, nous avons parcouru un total de 142,6 km incluant le petit détour à une vitesse moyenne de 23 km/h, d'après le système GPS de Lanny. Il faut mentionner que la distance du parcours officiel a été revisée à la hausse soit à 87,2 miles ou tout près de 140 km mesurée par GPS. Lanny et moi prenons le temps de bien récupérer et nous attendons l'arrivée de nos amis de Toronto, qui termineront deux heures plus tard, ayant eu des problèmes de crampes dues à la chaleur. En fin d'après-midi, nous nous dirigeons vers une école secondaire qui se trouve tout près pour la remise des médailles et des prix. À l'auditorium, il y a plein de gens qui veulent rencontrer le jeune prodige et phénomène qui a fait le trajet en 5h00 et surtout en quatre roues. Notre ami Pan devient très populaire, et Pan lui, se cherche des commanditaires parmi tous ces gens bienveillants. Nous nous amusons bien et repartons par la suite en autobus vers Athens, où nous allons tous manger au resto suivi d'un coucher très tôt. Quelle journée!!! Debout le lendemain matin à 4h00, nous n'arrivons pas à réveiller Pan, il est en phase de récupération profonde. Nous préparons nos bagages tout en mangeant un peu, et nous finissons enfin par réveiller Pan pour être finalement sur la route du retour à 5h15. Le temps est nuageux et très humide, et bientôt la pluie commence à tomber. Nous nous dirigeons franc nord, et traversons le Great Smoky Mountain National Park dans un brouillard des plus denses. Nous roulons à moins de 20 km/h par une visibilité presque nulle. Nous savons maintenant d'où vient le nom du parc. Nous filons ensuite vers Knoxville au Tennesee, Lexington au Kentucky, Cincinnati, Columbus et Cleveland en Ohio pour enfin s'embourber autour de Niagara Falls, N.Y. en essayant de trouver l'endroit où traverser la frontière. Nous arrivons à Toronto aux environs de minuit, faisons le transfer des bagages et le plein d'essence et filons vers Montréal. Nous arrivons chez Pan dans le vieux Montréal mardi matin un peu après 5h00 et je rentre à Le Gardeur à 5h40, le trajet du retour nous ayant pris un peu plus de 24 heures. Pour ceux qui seraient tentés par cette merveilleuse aventure, la date du A2A 2003 est le 28 septembre, une semaine après Prospect Park à New York. N.B. : Un petit conseil pour ceux qui aimeraient faire le voyage en auto, trois personnes maximum dans une voiture régulière. Il est primordial que le siège arrière soit libre afin qu'une personne puisse dormir confortablement en tout temps. Il est essentiel que tous puissent arriver bien reposés après un long voyage comme celui-là, car la tâche à venir l'exige. Bernard Doth |