| Belle participation cette fin de semaine passée à Ottawa! Entourés de quelques dizaines de
patineurs de la région Ottawa-Gatineau, et de 5 patineurs de Cambridge, nous étions 9 de
Roller-Montréal: Bernard, Benoît, Daniel, Dave, Kei, Pan, Said, et moi. Annette Hollman du
club de Laval était là aussi, de même qu'un certain Derek qui avait découvert l'événement grâce à
notre site.
Sur le menu: trois courses samedi, dont un 2 km et un 30 km l'après-midi, suivi d'un marathon de 42 km le soir; et dimanche, trois heures de collines au parc Gatineau le matin, suivi d'une douce randonnée le long de l'Outaouais l'après-midi. Ce n'est pas tout le monde qui a tout fait cependant, et grâce aux conditions environnementales le 30 km a été raccourci à 10 km. Heureusement! Car il faisait extrêmement chaud, tout comme l'an dernier quand j'avais fait un coup de chaleur -- une expérience que je ne voulais pas répéter! Les deux courses de samedi après-midi ont été courues sur un ovale de 300 m dans un gros stationnement. Le 2 km était du genre poursuite -- deux patineurs à la fois commencent aux côtés opposés du circuit. Au fur et à mesure que les patineurs rentraient de leur course, on entendait des toussotements. Il y avait quelque chose dans l'air... peut-être les gaz émis par une vingtaine de motocyclettes qui pratiquaient dans un stationnement voisin. Quand tous avaient fait leur 2 km la moitié des patineurs toussaient, dont un qui est rentré chez lui. Pour cette raison la course suivante -- un 30 km en équipe -- a été changée pour un 10 km individuel. Pour ma part la chaleur m'incommodait plus que l'air, mais c'est évident que sans ce changement, pour l'une raison ou l'autre il y aurait eu beaucoup de patineurs malades. Le thème du weekend n'était pas l'endurance pur, comme vous auriez pu pensez, mais "honour teamwork" -- le travail d'équipe. Car le but de l'organisateur, Stéphane Tremblay, était de donner à chaque patineur plusieurs opportunités de se développer: en endurance oui, mais surtout en s'améliorant techniquement et en faisant l'apprentissage du patinage en peloton. En prenant les résultats du 2 km poursuite, Stéphane a formé de petites équipes de forces constantes, c'est à dire dont les membres étaient de forces plus ou moins égales. Donc, pour le 42 km couru samedi soir, au lieu d'avoir des équipes en compétition les unes contre les autres, chaque équipe patinait à son propre rhythme, et devait tout simplement chercher le meilleur temps collectif dont elle était capable. Cela a été une bonne occasion pour plusieurs d'apprendre des choses importantes, et certains ont bénéficié plus que d'autres. Il faut d'abord comprendre qu'on ne pratique pas nécessairement le travail d'équipe dans le but de devenir un bon coéquipier. C'est plus profond que ça. C'est que les courses en patins alignés se font surtout en peloton, et le peloton exige forcément un travail d'équipe, même quand on patine avec des compétiteurs. Patiner en peloton est beau, rapide, réjouissant -- mais dangéreux aussi! Cela exige qu'on fasse constamment attention à soi et aux autres, qu'on s'adapte au groupe, qu'on évite absolument des actions qui pourraient fatiguer les autres ou, encore pire, causer une chute. Il y a donc toute une technique reliée au peloton, et une discipline autant mentale que physique. Mon équipe de quatre était bien représentative. J'avais Benoît Julien, Inga Petri et Bob Thicke, ces deux derniers étant des amis d'Ottawa, d'ailleurs j'avais fait deux fois le Marathon d'Ottawa en compagnie de Bob. Au début c'était un peu rude -- manque de synchronisation, cadence inégale, vitesse inégale, effet accordéon... Mais peu à peu les conseils ont eu l'effet désiré: "N'accelère pas" - "Reste proche" - "Synchronise avec elle" - "Reste pas là, rentre tout de suite en arrière"... Le circuit pour samedi soir était au centre Asticou (Gatineau), vraiment dans le bois, de l'air fraîche enfin, 22 tours pour faire 42 km. Je comptais les poussées, 100 ou plus pour moi, 60-70 pour les autres avant de crier "Relais!" Bientôt nous faisions tour après tour de 4m32 au second près, et au mi-chemin peu à peu nous avons accéléré. Les équipes plus vites nous doublaient de temps en temps, tandis que nous doublions les plus lentes. A chaque croisement on criait des encouragements. La plupart des erreurs qu'on peut faire en peloton sont surtout fatigantes. Soit on fatigue ses coéquipiers, soit on se fatigue soi-même. D'autres erreurs sont carrément dangéreuses. Dans mon équipe, après plusieurs tours Bob a développé l'habitude suivante: après avoir tiré, en revenant vers l'arrière il restait trop proche, sans faire attention au danger d'accrocher son patin droit avec nos patins gauches. Je virais à droite pour l'éviter! Finalement je lui ai dit de s'éloigner; il a tout de suite compris, et les autres ont dit Merci! Une autre erreur est venue vers la fin, quand il me suivait: une fois, deux, j'ai senti son patin toucher le mien. Au lieu de s'ajuster tout de suite il l'a fait une 3e fois, et tout d'un coup j'ai entendu le désastre derrière moi. Il avait causé sa propre chute -- et celle d'Inga! Ces choses arrivent quand on patine dans sa tête, pour soi, au lieu d'être 100% dans la réalité -- une réalité qui comporte certains dangers et une responsabilité envers les autres. On dit avec justesse que c'est bon de chuter (dans les entraînements!); entre autres raisons, ça inculque très vite des leçons importantes. Mais il n'est jamais bon de causer la chute de quelqu'un d'autre. Dans notre cas, Inga n'était pas trop blessée, et nous avons tous fini ensemble et dans le bonheur. Pourtant, dans une autre équipe un jeune patineur s'est obstiné à répéter un comportement très dangéreux, ce qui finalement a causé la chute d'une patineuse et des blessures affreuses. Au beau milieu d'un peloton, il ne faut jamais faire des mouvements inopinés -- changer subitement de cadence par exemple, ou se désynchroniser complètement d'avec les autres -- peu importe les raisons qu'on offre, c'est toujours de la rationalisation. Ces erreurs se font toujours quand le patineur est perdu dans sa propre compétitivité. Il agit uniquement pour soi, comme s'il roulait à seul, sans se rendre compte qu'en fatigant le peloton, en incitant les autres à ne pas apprécier sa présence, en risquant la perte de coéquipiers chutés, il réduit de plus en plus ses chances de réussir. Mis à part les sprints et les échappées, le patineur qui réussit est quelqu'un qui ménage son peloton. Dimanche matin, un apprentissage complètement différent. Tous les dimanches, une section du chemin au parc Gatineau est fermée aux autos de 7h à 10h. On ne voit que des cyclistes, des fondeurs avec leurs petits skis roulants, et des patineurs. La forêt est magnifique, les collines font rêver... sinon frémir... et la fraîcheur du petit matin réveille les corps fatigués. Si notre travaille de grimpe devait être plutôt individuel, Stéphane nous a quand même conduit tous ensemble de sommet en sommet, s'arrêtant chaque fois pour nous décrire ce qui nous attendait plus loin, et surtout pour nous offrir des conseils techniques. Pour monter bien, on change de style pour faire des poussées courtes et rapides, et on sort du peloton parce que chacun montera à sa propre vitesse. Au sommet on se regroupe, et (si on est prêt pour ça) on se remet en peloton pour descendre en train. Si on n'est pas prêt pour une descente à grande vitesse, on reste debout, on se restreint aussi longtemps que possible avant de se laisser aller, on descend à seul en se servant de l'air pour ralentir. À mon avis les patineurs du OUI sont vraiment chanceux d'avoir un tel lieu pour s'entraîner. Le weekend s'est complété par une pique-nique au parc Moussette, près de la rivière Outaouais, et une douce randonnée le long de la piste qui mène à Aylmer. À chacun de ces événements nous avons rencontrés de nouveaux membres du Ottawa Urban Inline Skating Club, sans exception des patineurs sympathiques et accueillants. J'ai hâte de les revoir en deux semaines quand nous descendrons ensemble à New York pour une vraie course! Je tiens à remercier Stéphane Tremblay et tous ceux qui l'ont aidé -- Carl, Hélène, Gavin -- et les autres membres qui nous ont fait sentir chez nous. Un super-gros merci surtout à mes hôtes, Inga Petri et Jan Riopelle, avec qui j'ai embarqué partout; le soûper que j'ai partagé chez Jan avec Said, Bernard, et Inga était mémorable autant pour ce que nous avons mangé que pour l'amitié autour de la table. Rod Willmot |