| [(Traduit par Rod Willmot.) Lanny Totton est membre du
Toronto Inline Skating Club.
Il est un patineur aguerri, vétéran de deux des courses les plus difficiles au monde:
Athens-to-Atlanta et le
Défi de l'Île
de Montréal.]
Si vous voulez devenir instructeur en patin aligné, lisez d'abord ce qui suit, ça pourrait vous épargnez du fric. Voici mon histoire. Plusieurs questions me troublaient quand je contemplait participer à un cours Niveau 1 de l'International Inline Skating Association (IISA) à Ottawa. Est-ce que je veux enseigner des débutants à TISC? Ne faut-il pas que quelqu'un prenne en main les nouveaux pour leur donner des leçons ou les règles de la route avant qu'ils embarquent en peloton? Quelqu'un doit le faire! Mais est-ce que j'ai réellement besoin d'un cours ou d'un certificat d'accréditation à cette fin? Peut-être. Comment le savoir avant de le faire. Les frais sont très haut, $350 US, mais le club d'Ottawa [OUISC] a négocié un prix de $350 CDN. On arrive vendredi soir avec 5 minutes d'avance, ayant bravé averses et circulation dense depuis Toronto. Deux examinateurs nous acceuillent: Dave d'Oakville et Kim d'Ottawa. Ils préparent la scène et font des blagues. L'atmosphère me semble étrange, ça me rappelle des cours que j'ai pris avec l'Alliance des Instructeurs de Ski et l'Alliance des Instructeurs de Voile. Voilà des missionnaires de l'IISA. Eh bien, je garderai le sourire. "C'est pour le TISC," je me dit. Les examinateurs consacrent beaucoup de temps à de petits détails, et je m'ennuie vite. Je comprends qu'ils nous enseignent le manuel de l'IISA, mais je n'y prête pas trop d'attention. Ça me fait penser à Disney; tu dois mettre le costume, assumer le personnage. Tu dois prendre l'IISA au sérieux. Tu dois patiner comme Mickey, pas comme Goofy. Tu dois suivre le scénario de près. En plus tu dois faire preuve de bonhomie. Et tu dois traiter les examinateurs comme des dieux. Sâches ta place! Or tout cela est bien bon si le cours va nous enseigner quelque chose d'utile à ramener à nos clubs. Mais on commence par consacrer des heures sur les choses les plus élémentaires comme l'équipement, avec une annonce commerciale pour Rollerblade (leur commanditaire) à cause de leur système de freinage. Je me retiens à peine de dire "Beurk." Mais c'est vrai que j'ai appris quelque chose. (Ils enseignent qu'il faut dire quelque chose de positive avant de signaler les erreurs et fournir des corrections. Eh bien, attendez un peu pendant que je cherche le positif...) Il y a 9 pages dans le manuel qui décrivent les bonnes technique de l'enseignement. Mais j'ai déjà vu tout ça, en d'autres mots et avec d'autres modèles. Tant pis pour moi! C'est la Bible de l'IISA, et en tant que telle il faut la mémoriser, l'imprimer sur le cerveau. C'est comme une devise de confrérie. On va te tester sur chaque mot dans ces pages, on s'attend à ce que tu sois capable de la réciter de l'arrière en avant et d'avant en arrière. (Ça, on ne le comprend qu'en voyant l'examen écrit.) Le manuel poursuit en énumérant les 9 progressions, allant de s'habiller (genouillères, coudières, casques, protèges-poignets) à avancer, s'arrêter, glisser. Comme c'est détaillé! On te donne même des échantillons de comment communiquer avec les étudiants, genre "Allons de cet endroit-ci à cet endroit-là." Il y en a 37 d'autres comme ça dans les marges. Les examinateurs nous éclaircissent quant à l'identité de ceux qui ont abandonné le patinage, et pourquoi. 60% des patineurs abandonnent parce qu'ils ne savent pas s'arrêter. Eh bien, pourquoi donc le premier leçon n'est-il pas sur cette question? On n'arrive aux arrêts que dans le leçon 3. Je me demande si 60% des gens abandonnent après les leçons 1 ou 2. Facile à croire. Je n'ai jamais rencontré personne qui a besoin de tous ces leçons pour apprendre à patiner. Mais voilà le scénario et en tant que des "professionnels" il faut le connaître par coeur, l'appliquer tel que prescrit, en faire la démonstration exactement selon le guide sans jamais sauter un syllabe. Ils nous enfoncent dans la tête les exigences de la confrérie. Je commence à avoir mal. Est-ce que j'ai besoin de tout cela? Et dire que j'ai payé pour ça! En plus j'ai mal aux pieds. C'est peut-être la 3e fois que je porte des patins récréatifs. Ils ne sont pas confortables après 6 heures, ils sont instables, les roues sont molles et le frein m'agace. Mais c'est le costume qu'il faut porter, alors je m'efforce de garder le sourire un peu plus. Ainsi nous passons 3 heures à apprendre à marcher en patins, pour ensuite transformer cela en une toute petite foulée, et enfin à nous arrêter. C'est fascinant, mais comment se peut-il que ça requière 3 heures et 3 leçons? Je n'ai jamais rencontré cet individu imaginaire, bête et malhabile, qui pourtant veut apprendre à patiner. Mais, comme disent les dieux dans tout leur sérieux, tous les étudiants arrivent avec de l'équipement flambant neuf, frais du magasin, les étiquettes des prix encore en place. Ayant appris comment tourner et pousser un peu plus, ils nous enseigne l'arrêt en vrille (spin-stop) et l'arrêt sur gazon. Là je bloque... ces techniques IISA dépassent mes bornes de sécurité. Jamais je n'enseignerais aux gens à patiner en arrière ou d'aller sur le gazon pour s'arrêter. Je ne patine jamais en arrière, c'est trop dangereux. Et virer sur le gazon sauf à très basse vitesse est un bon moyen de se casser la figure. Mais je tais mes doutes. (Message au cerveau, oublies tout ça, jamais je m'en servirai à TISC.) Les dieux sont du monde du patinage artistique, ne faisant preuve du moindre intérêt pour les techniques de vitesse. (Je tais les commentaires "vitesse" que je pourrais offrir, mais ça me trouble de penser que ces gens-là enseignent des techniques qui sont contraires à la vitesse et même dangereuses.) Ensuite on pratique l'enseignement des fondamentaux. Peu importe lequel d'entre nous s'y essaie, les dieux abondent en critiques. Pendant quelque temps je n'entends le moindre commentaire positif. Ce que j'entends c'est beaucoup de prêcherie de l'évangile selon IISA. Des blagues précuites aussi. Et va pour le positif d'abord, la critique constructive après. Lorsque les dieux perçoivent un oubli du scénario, ils sautent. Un des étudiants essaie d'expliquer ses raisons de faire différémment, mais c'est inutile. S'expliquer mérite une dénonciation féroce... le tout dans une manière passive-aggressive. Enfin, ça c'était la première journée. Nous partons à la recherche de pizza et de bière et pour voir un film. On invite les dieux, qui refusent. Il me semble maintenant que ce cours-là est pire qu'inutile, parce qu'on enseigne des méthodes qui vont totalement à l'encontre de ce qu'il faut pour aller vite. Ils nous disent de nous incliner vers le centre du cercle lorsque on fait des croisés. Ils nous enseignent beaucoup sur le patinage en arrière, qui est trop dangereux selon moi. En plus ils enseignent un arrêt en arrière (backward slide-stop), qui est impossible d'exécuter sauf sur un plancher lisse ou sur asphalte mouillé. Un vrai casseur de jambes et de têtes. Toute leur "progression" d'étapes j'ai perçue comme un jeu pour séparer des gens de leur argent. Ils étirent le contenu de 2 leçons pour en faire 12, se vantent de tout morceller en éléments minuscules. J'enseigne le ski, et c'est vrai qu'il faut décomposer le dynamique de comment tourner. Mais dans le ski il y a 3 ou 4 erreurs qu'on peut facilement corriger sans se promener par une longue, horrible progression. Les progressions de l'IISA sont ridicules. Le lendemain c'est l'examen écrit, et on nous évalue sur notre enseignement et notre habilité en patins. L'ambiance est joviale, mais ça semble un peu contrainte. L'attitude opprimante des examinateurs, aux aguets pour tout défaut et nous corrigeant sans cesse, réussit à nous démoraliser. Est-ce qu'on arrive enfin? Toute la fin de semaine nous sommes restés dans l'aréna, malgré le temps doux et ensoleillé dehors. Les évaluations sont longues à finir. Enfin c'est le moment pour décerner les certificats. L'examinateur explique que ceux qui ont échoué ne doivent pas voir ça comme un échec mais comme un retard de leur réussite éventuelle. D'un ton sceptique je me dis, "Ah oui, servez-nous un autre $500 et peut-être que vous l'aurez la prochaine fois." La foule se refroidit... Et puis, surprise surprise -- je n'ai pas réussi. (SVP, ce rapport n'est pas coloré par mon échec; il reflète mes pensées chronologiquement au cours des deux jours.) Il faut 480 points sur 600 pour réussir. 80% donc. 100 points possibles sont pour l'examen écrit, 200 pour le patinage, 300 pour l'enseignement. J'ai reçu 454 points. Je n'ai pas suffisamment appris par coeur, je n'ai pas été tout à fait fidèle au scénario, je n'ai pas pu patiner comme Mickey, et on m'a sûrement enlevé quelques points pour manque de fanatisme pour l'IISA. (Ils ont dû m'entendre dire à quelqu'un que le cours était pire qu'inutile.) Pourtant, après la surprise, c'est un soulagement que j'ai ressenti. Je n'aurai pas à porter le costume maintenant, débiter l'évangile selon l'IISA. SVP, si vous voulez enseigner, ce cours n'est pas le chemin à suivre. Gardez votre argent. L'IISA est archaïque et repliée sur elle-même. Ils vivent dans un petit petit monde, style Disney. Lanny Totton |