Ce n'est pas tous les patineurs qui acceptent de patiner dans la pluie, ni parmi ceux-là
n'est-il tous qui l'aiment. Et pourtant, c'est une expérience qui peut donner du plaisir,
même énormément de plaisir, et une espèce d'exaltation, à cause de cette intimité particulière
que la pluie instaure entre nous et la nature. Tout ce qu'il faut c'est un confort raisonnable,
et ne pas devoir craindre que les roulements seront finis.
Protéger votre têteProtéger votre corpsÀ l'intérieur, c'est la première couche (celle contre la peau) qui est la plus importante. Rien avec du coton. Une mince chemise de polypropylène retiendra beaucoup de chaleur corporelle, tout en rejetant la transpiration vers l'extérieure. Ce que vous ajouterez là-dessus dépendra de la température. Même si les couches intermédiaires deviennent tout à fait humides, si la première couche est bonne vous serez bien. Dans le froid, la laine peut être un très bon choix parce qu'elle retient la chaleur même quand elle est mouillée. Ne négligez pas vos jambes s'il fait froid. Si vos genoux sont sensibles au froid, mettez des genouillères, ou entourez-les de petits coupe-vent faits de sacs de plastique, attachés avec du duct tape sinon avec du ruban adhésif médical. Pour le reste, le moindre collant aux jambes longues vous protégera mieux que des jeans mouillés. Dans le froid, un collant plutôt hivernal fera l'affaire. Les mains aussi peuvent avoir besoin de protection, car quand on a froid le corps envoie
moins de sang aux extrémités. Je recommande les tout petits gants de prolypropylène que portent
les coureurs à pied. Ils retiennent la chaleur, ils ne retiennent pas l'humidité, et vous
n'aurez aucune difficulté à mettre par-dessus vos protège-poignets, glisseurs, etc.
Protéger vos bottinesDans une pluie légère ou de courte durée il n'est pas nécessaire de protéger les bottines. Cependant, si on doit rouler là-dedans pendant des heures, ou si on risque d'encontrer des flaques d'eau, tout d'abord il y a le confort à considérer, en plus les bottines sèches gardent leur forme beaucoup mieux. Si vos patins permettent d'enlever les châssis, enlevez-les donc pour mettre chaque bottine directement dans un sac. Ensuite, percez un trou pour chaque boulon, et installez les châssis de l'extérieur du sac. Y a-t-il d'autres trous de boulon qui ne sont pas couverts? Bouchez-les, ou couvrez-les avec du ruban adhésif imperméable. Si vos patins ne permettent pas d'enlever les châssis, coupez une tranche dans le fond de chaque sac, juste assez long pour laisser passer les roues. Il faut maintenant assurer que le joint entre le sac et le dessous de la bottine soit parfaitement étanche. Ici c'est le duct tape qui sert le mieux, et s'il faut élargir le trou, faites-le afin de permettre au ruban d'adhérer à autant de la surface de la bottine que possible. Travaillez soigneusement pour éviter toute possibilité de laisser entrer de l'eau. Lorsque viendra le moment de mettre vos patins, mettez d'abord un élastique qui attendra en haut de votre cheville. Chaussez ensuite vos patins et attachez-les bien (vos mains seront humides en travaillant dans les sacs). Servez-vous maintenant des élastiques pour fermer les sacs sur vos mollets, et si vous portez un collant, baissez les revers pour qu'ils couvrent le haut des sacs. (Il va sans dire que si vous portez des chaussettes elles ne doivent pas dépasser les élastiques.) Faites pour que l'eau ne puisse pas dégouliner le long de vos jambes jusque dans les bottines. C'est seulement maintenant qu'on ajoute du ruban adhésif pour mouler les sacs autour des bottines.
Universellement on sort le duct tape, cependant je recommande plutôt le
ruban blanc médical. S'il vous arrive de vouloir ajuster vos bottines -- reserrer les lacets par
exemple -- le duct tape n'aidera pas. Avec du ruban blanc médical vous pourrez l'enlever facilement
sans déchirer vos sacs, surtout si vous aurez laissé, pour chaque bout de ruban, une petite languette
tournée contre elle que vous tirerez pour l'enlever. Mais il y a sûrement d'autres moyens d'attacher
les sacs en permettant de les rouvrir : des attaches à velcro, par exemple.
Protéger vos roulementsQuand vous êtes prêt pour tout ça, vous pouvez pensez au choix et à la préparation des roulements pour la pluie. Plusieurs recommandent les roulements à graisse ou à gel, les Twincam à gel ayant bonne réputation. Personnellement je préfère toujours les roulements à l'huile, toujours avec un côté ouvert pour faciliter le nettoyage rapide. Pour la pluie, je mettrais du Boss Speed Cream (un liquide), un gel, ou une huile plus épaisse que pour les courses -- jamais avec de l'aérosol puisque ça se lave vite dans la pluie. Les gels sont plus rapides que les graisses, et protègent aussi bien. Plus important que le lubrifiant, peut-être, c'est le choix du roulement. Plusieurs recommandent les roulements bien scellés, moins pour empêcher l'eau d'entrer que pour réduire au minimum la crasse qui l'accompagne. Pour ma part je souligne la différence entre les roulements dont la cage est en métal et ceux dont la cage est en plastique (dacron, nylon etc). Métal sur métal, ça grince quand le seul lubrifiant qui reste est la pluie. Avec les cages en plastique on n'a pas ce problème, c'est pourquoi je n'hésite jamais à sortir dans la pluie avec mes meilleurs roulements, des Boss Swiss. Finalement, lorsque vous savez que vous roulerez longtemps dans la pluie,
protégez vos roulements en mettant une mince couche de vaséline sur l'extérieur.
Protéger le plaisir de patinerPour rouler avec plaisir dans la pluie, le truc c'est justement de privilégier le plaisir. Poussez moins fort, prenez une cadence un peu plus rapide avec des poussées moins longues. Soyez sûr de poser les patins directement en-dessous de votre corps, et n'ayez pas peur de mettre le poids entier sur un patin à la fois. S'il y a risque de dérapage, ce ne sera pas quand votre patin est en-dessous de vous, mais à la fin d'une poussée. Rouler dans la pluie est une très bonne pratique pour le retour de jambe, ce demi-cercle où l'on récupère le patin qui vient de pousser pour le remettre en position directement en-dessous du corps. Faites ce mouvement en pensant à vos genoux. Si, en récupérant le patin qui vient de pousser, vous pouvez faire effleurer ce genou-là contre l'autre, vous serez bien centré et le transfert de poids sera mieux. Et si le patin qui pousse dérape tout d'un coup, vous ne chuterez pas parce que l'autre sera là. Roulez pour le plaisir, non pas pour terminer. Regardez autour de vous, en ouvrant grand les yeux, en respirant profondément l'odeur enivrante de la pluie. En voyant mieux les dangers à éviter, vous verrez les couleurs des choses mouillées, plus riches et plus intenses. Vous vivrez la douleur et la fatigue comme des sensations parmi d'autres, naturelles et acceptables, et vous serez tout à fait heureux d'être en vie. Rod Willmot |